« EBOLA++ » par Richard Ali A Mutu

F36-Ebola


…non, non, non ! Quand même ! Je ne vais pas mettre une nuit à mémoriser tout ce texte ! Et surtout pas dans une langue aussi compliquée !? Non, non, non, qu’est-ce vraiment ? Qu’est-ce au juste ? Mais comment sont-ils, mes ministres et conseillers ? Ce sont eux les génies non !? Donc pendant toutes ces années passées sur des bancs d’étude à l’étranger, ils n’ont appris qu’à produire des discours aussi indignes et indigestes ! C’en est assez avec le mensonge ! Nous avons assez menti comme ça ! Macro-économie, développement, inflation… Non ! Assez ! Pas jusque-là ! Je ne ferai plus ce genre de discours ! Trop c’est trop ! Regardez-moi ça : dix pages pleines de mensonges dans une langue que j’ai toujours du mal à rendre comme les autres ! Là je passe pour un petit débile ! Les autres viennent fièrement, munis d’un bout de papier, et te font des discours avec toute aisance dans une rhétorique à convaincre le plus septique des hommes. Et ça c’est normal … Attends, mais qu’est-ce qui m’empêche de m’exprimer dans la langue de chez nous là-bas ? Que craignons-nous vraiment ? J’ai quand même pris de l’âge… Regarde cette barbe grisonnante qui pousse sur mon menton ! C’est vrai, j’ai vieilli ! Et j’ai pris du poids. L’embonpoint, c’est bien pour un chef non ! Oh mon Dieu ma barbe est grisonnante ! Et ma femme n’a pas eu la gentillesse de me le dire. Si je n’étais pas miré dans le miloir. Pardon ! Miroil ! Mer… ! Pardon. Re Miroir ! Aie ! Le miloil ! Ah, j’en ai marre à la fin ! Donc si je ne m’étais pas regardé au travers d’une glace je ne l’aurais pas su. Ah ! Et puis cette affaire de miloi… eish, je commence à en avoir ras-le-palais présidentiel. Pardon. Je commence à en avoir ras-le-bol. Comment peut-on obliger à un homme aussi mature que moi de faire, avant tout discours, une mise en bouche seul devant un miloir…eh, Miroil…eish, devant une glace pour être sûr que je le rendrai bien une fois à la tribune. Ah, j’en ai ma claque ! Ce soi-disant expert en communication a trouvé comme exercice adéquat pour un homme aussi mûr que moi à la barbe grisonnante, parler devant un miloir…ah, devant une glace, on dirait un attardé ! Il en aura pour son compte. Je le virerai. Dès que je finis cette histoire d’assembré…eh, Assembr…ah, Assemblée Générale des Nations Unies, à mon retour je le mettrai à la porte. D’ailleurs je ne vois ce qu’il fait d’aussi extraordinaire ! Même si ma femme continue de vanter son travail, elle rabâche tout le temps que c’est grâce à lui que j’ai acquis cette maîtrise de la langue et même qu’il m’a aidé à vaincre ma timidité ! Ecoutez-moi ça, les femmes ! Moi timide !? La correction qu’elle a eue juste après lui a fait regretter ces propos j’espère. Si elle continue à tenir le même discours ce ne sera pas seulement son portrait que je vais refaire cette fois. Moi « timide » !? Moi qui ai pris les armes, moi qui ai marché dans les forêts peuplées de fauves, moi qui ai vaincu le vieux à la toque de léopard, moi qui l’ai mis hors de ce pays ! Moi ! Moi le Chef Suprême du pays ; moi « timide » !? La prochaine fois qu’elle dira ce mot à mon sujet je le lui ferai tout le restant de sa vie si je ne la lui ôte pas. Non, je ne suis pas timide, comme l’a si bien dit ce jeune : « …c’est ma façon d’être ; je n’aime pas me répandre en propos inutile, ça ne veut pas dire que je suis timide ! ». Tout ça pour me mater avec une langue étrangère. Soi-disant langue des hommes intelligents ! Et puis quoi encore ? Qui a dit que parler les langues étrangères est signe d’intelligence ! Ça c’est se moquer des gens ! Je ne ferai plus ce discours ! Que ce ministre-là à la rouge-cravate et son collègue le-bavard, viennent ici me traduire ce discours en swahili, non, en lingala c’est mieux ! S’ils le traduisent en swahili, les compatriotes le prendront mal. Bon, qu’ils le traduisent dans la langue qui leur plaira, l’essentiel pour moi est que ce discours soit traduit dans l’une de nos langues ! A eux de se démerder pour le traduire… Ils sont suffisamment bien payés tout de même. Qu’ils paient de leur poche celui qui fera la traduction ! Je suis quand même Chef, je ne peux pas admettre que les choses aillent toujours dans ce sens-là ! Eux font aisément des discours dans leurs langues ; nous, nous tordons nos langues Dieu seul sait comment pour parler comme eux dans des langues dans lesquelles nous ne sommes point à l’aise. Non, non, non ! C’est fini ! Ils ne m’auront plus à ce jeu ! Je donne raison en tout cas à ce vieux à la toque de léopard ; ce fut vraiment un homme ; il a su saisir la vérité ! Ça c’est se moquer des gens ! Et j’ai pris de l’âge ! Regarde cette barbe grisonnante ! Il n’y a plus à craindre qui que ce soit ! Regarde donc cette barbe grisonnante sur mon menton. Eh, j’ai vraiment pris de l’âge ! Mais où est cette femme ? Où est-elle ? Qu’elle vienne voir cette barbe grisonnante ! La barbe de la sagesse ! La barbe du Pouvoir ! Qu’elle n’ose, ne serait-ce une fois, de redire ce qu’elle avait dit l’autre fois… Là vraiment, ce sera l’accomplissement d’une chimère, ou ce rêve dans lequel le coq avait des dents. Espérons que ce coq chantera le « cocorico » !

Les gourous m’avaient prévenu au sujet de cette femme, où en sommes-nous aujourd’hui ? Quelle tête de mule fus-je ! Si je savais ! Qu’ai-je à présent ! Elle me parle maintenant des choses sans tête ni queue… Comme quoi que je parte ! Où ? Ecoutez ces femmes qui ne saisissent rien de la haute politique ! Moi homme robuste dans la force de l’âge, tous ces sacrifices que j’ai consentis, partir aussi simplement et facilement ! Dans quel pays ? Ce pays ? Mais ils me bouteront dehors, ils me traiteront comme un vulgaire papier hygiènique ! Ils se moqueront de moi partout ! Moi, partir ! C’est elle qui partira… Elle quittera ce palais et m’y laissera ! Je ne partirai pas ! Où veut-on que j’aille ? Ils veulent me voir assis dans cette salle pour lever ma main à tout va matin et soir ? Eux tous ont une dent contre moi ! Je sais, le jour où ils m’auront ce sera sans merci. Ils mettront tout sur la table, tous les dossiers, les vrais comme les faux ! Je le connais tous bien. J’ai quand même pris de l’âge non ! Je ne suis plus un apprenti pour qu’ils me baladent à souhait comme ils le faisaient avant quand je faisais mes premiers pas dans la chose. A présent je suis aguerri, j’ai muri l’ « idologie » comme l’a dit l’autre-là. Il m’avait beaucoup amusé avec ces mots et même que la pensée me plait. Surtout en ce qui concerne nos langues. Je pense que je devrais le faire venir au palais. Il doit venir m’affermir davantage sur cette idée. C’est fini, c’est fini, je ne lirai plus ce discours que dans l’une de nos langues ! Ce discours en français ne me plait plus ! Ils veulent qu’on rie comme eux. Qu’on fasse tout comme eux. Qu’on mange comme eux. Qu’on pense comme eux. Qu’on s’habille tout comme eux. Mais enfin, où sommes-nous et où allons-nous ? Quand on ne fait pas ça on passe pour un idiot. On devient aux yeux de ses propres frères sujet à diverses moqueries. C’est pénible. Non, c’est exaspérant ! Je pense même que je ne mettrai plus ce costume et sa cravate assortie ! Mon père avait raison. Je pense qu’on doit remettre à la mode le safari. Oui on doit rentrer à cette mode-la ! Et pourtant à mes débuts je ne mettais que ça ; et ces bougres de pro-fesseurs m’en ont dissuadé. Mais qu’est-ce qu’ils font à mes côtés ? Ils passent des années à étudier pour finir plus idiots. A les voir je perds toute envie de reprendre mes études. Je sais qu’ils le disent entre eux, ils disent que je ne suis pas allé loin dans mes études ; mais regarde-les, que des bougres ! Tout ce qu’ils savent c’est copier les blancs. Ceux-là même qui ont maltraité nos ancêtres. Ils oublient que nos ancêtres se sont battus contre ça. Le Français à tout moment ! On dirait des perroquets ! Le pire c’est que si l’un de leurs la langue lui fourchait, ils se répandent en moqueries et l’humilient. Quel genre d’hommes est-ce ? Qui leur a dit que parler français ou anglais est signe d’intelligence ? Ils ont honte de parler leur langue, la langue de leurs ancêtres. Ils oublient que la langue influe beaucoup sur la personnalité et les mœurs.

Là-bas, à ladite Assemblée, tu verras un chinois à la tribune parler chinois, le français avec toute fierté parlera français, l’unkrainien parlera ukrainien, l’israëlien parlera hébreu, le pakistanais parlera arabe, mais le noir à son tour, parlera soit français soit anglais. Les africains n’ont le choix qu’entre ces langues héritées de la colonisation, et, après plus de cinquante ans d’indépendance, ils persistent à les élever dans leurs pays au détriment de leurs propres langes. C’est honteux ! Que je les voie tous ici demain ces ministres et conseillers !

Ecoute-moi bien, tu liras ce discours dans ta langue ! S’ils n’en veulent pas on s’en moque ! C’est même le but ! J’ai d’ailleurs renvoyé leur représentant de mon pays mais ils ne partent pas au contraire ils m’envoient un autre. Ils ne veulent pas partir. Ils verront ! Ils en auront pour leur compte. Je suis arrivé au terme mais je ne partirai pas ! Dans ma vie je ne sais que donner des ordres, signer des documents, inaugurer des routes et des ponts, aller çà et là comme je veux… Tout le monde croit à ce que j’ai accompli. En peu de temps j’ai accompli maintes choses, c’est quand même suffisant pour que j’habite le palais autant que le vieux à la toque de léopard. Ah, je ne dois pas citer son nom, les gourous me l’ont interdit ! Et je ne sais pas pourquoi. Qu’est-ce qui se passera si je cite son nom ? Il surgira devant moi ? La terre s’ouvrira ? Le Coq aux dents, toussera-t-il ? Le Ciel s’assombrira du coup ? Qu’ils arrêtent un peu, ces gourous, ils en font un peu de trop parfois ! Ne fixe pas le visage de ce vieux-là, ne souris pas à ta femme le matin, ne te lave pas le matin, ne consomme pas de piment cru… J’en ai marre de tous ces interdits. C’en est de trop quand même! Et tout ça rien que pour conserver le pouvoir ! Et avec tout ça ils veulent que je parte !? Mais mes gourous vont me tuer ! Et ma femme ne le sait pas. Les gourous ne sont pas encore satisfaits. Il faut que je reste jusqu’au jour où ils diront que ça suffit. Si j’arrête maintenant ils me feront la peau. Ils me feront ce qu’ils ont fait au vieux à la toque de léopard. Ah j’ai envie de citer son nom, mais… Son règne a vraiment été long. Autant d’années ! Moi j’en ferai plus. Les gourous seront satisfaits. Je les satisferai. Je sais ce que je ferai. Les gens n’en reviendront. Même mon aîné de l’autre rive n’en reviendra. Il dira : « si je savais ! ». De nos jours les Chefs ne s’amusent plus avec ça. Il faut avoir plusieurs stratégies pour bien conserver le pouvoir. C’est pratiquement un œuf. Le Chef doit être comme le vendeur ambulant d’œufs. Il ne doit prêter oreille à tout ce qui se dit. Surtout aux propos des membres de l’opposition. Ces ceux-là même qui distraient la population. Il faut qu’ils le fassent pour qu’après un temps, tu appelles un ou deux d’entre eux pour le soudoyer ou lui céder une portion de pouvoir, là ils se tairont ; d’autres surgiront ce sera la même démarche. Je sais qu’il y en a qui sont restés fermes dans leur position, mais ils sont à compter au bout des doigts. Il faut des stratégies efficaces… Ils m’ont fait part de leurs idées et stratégies de tout genre, mais aucune ne m’a vraiment parue efficace. Regarde, seul avec l’aide des gri-gris de différents gourous, j’ai mis en place une stratégie de plus efficace que même les plus intelligents étaient loin d’élaborer, une stratégie sans faille qu’aucun Chef n’a jusqu’à nos jours pu imaginer ! Ils m’en diront des nouvelles ! Ils verront ! Je la dévoilerai à la tribune… Le monde entier n’en croira pas ses oreilles ! Pouahh ! Qu’est-ce ? Ça c’est la sorcellerie ? Qui ose me tenter pendant ce temps ? Eh, une mouche !? A pareille heure dans le palais du Chef ? Ah, ah, ah ça ne peut être que les attaques de ma femme ! Elle a flairé que je détiens les bonnes cartes et elle veut m’éliminer ! Jamais ! Elle ne m’aura pas ! Eh, elles sont maintenant deux ! Qu’est-ce ? Elles viennent tourner sur ma tête ! C’est quoi ça ? Jamais une mouche n’a pénétré mon palais. Je n’ai jamais entendu une seule fois les bruits des battements d’aile d’une mouche dans ce palais. Je comprendrais pendant la journée, mais à 3 heures du matin non. Impossible ! Ce ne peut être que les attaques ! Ce ne peut être que ma femme ! Regarde, depuis que j’ai commencé à soliloquer devant ce miloir… re miroil elle n’a pas bougé du lit. Aujourd’hui et cette nuit seulement, elle dort comme un mort. Elle n’a pas entendu tout ce bruit que j’ai fait cette nuit avec ces papiers de discours indigeste sans tête ni queue ? Elle ne m’aura pas à ce jeu. Je ne suis plus un gamin. J’ai déjà une barbe grisonnante. Elle verra. Je tuerai ces mouches ! Je sais que ce sont des esprits qu’elle a envoyés pour m’espionner et piquer mes belles idées, puis pour me tuer cette nuit. Ils ne m’auront pas. Mes esprits aussi sont là et me protègent. Eh, regarde-moi ça, elles continuent ! Mais qu’est-ce au juste ? Cette femme n’a donc pas trouvé mieux à envoyer à cette heure à part ces mouches ? Bon, ce ne sera pas ma faute. Je les tuerai. Elle aussi, si elle est parmi ces mouches. De toutes les façons ce sont des mouches que je tuerai. Eh, regarde-moi ça, ce sont vraiment des mauvais esprits. Regarde comment elles vont se cacher au plafond. Tu vois, ce ne peut être que des attaques. Comme ils n’ont pas pu me vaincre dans la chair, ils essaient dans l’esprit. Ils savent pourtant bien dans maisons sombres je fréquente. Je les exterminerai.

Je ferai venir mes ministres et conseillers demain ici. Qu’ils viennent pour qu’on réfléchissent sur la façon dont je vais dévoiler ma stratégie à la tribune. Je sais que ma stratégie va les étonner. Celui qui était venu avec son idée vile de « Fufu-dézir, Fufu-dézir », celui-là même verra à quel point il a pu être idiot en me la proposant. Dans ce pays où la population est maintenant rompue aux manœuvres politiciennes, leur présenter une idée aussi immature et stupide « Fufu-dézir, Fufu-dézir » n’importe quoi ! Des hommes aussi instruits et expérimentés qu’eux ne font que des foutaises avec leur rhétorique. On met juste un navire dans l’eau et les voilà qui se répandent en discours vide de sens avec leur grandiloquence. Toutes ces choses il faudrait qu’on en parle à la réunion de ce matin. Dans un aussi grand pays que le nôtre et à ce jour on ne peut vivre que dans la peur ? Je leur avais pourtant dit que je voulais conclure des nouveaux contrats avec les chinois, tous se sont insurgés contre moi comme si j’avais commis un crime crapuleux ou tuer quelqu’un. Excellence vous voyez, si vous faites ça les autres verront que vous commencez à faire les choses pas comme ils le veulent et si vous persistez ils vous feront éjecter de votre siège présidentiel donc ne le faites pas ! Mais ils sont fous ces gens ! Ils n’ont pas les moindres soucis pour le pays. Aujourd’hui grâce à ça plusieurs choses ont été accomplies ! Les voilà qui m’acclament et disent : « Vive le Père de l’indépendance économique de notre pays !». Kiékiékié! Comme j’étais mort de rire quand ils le disaient !

C’est vrai que le pouvoir est autre chose. Aie l’argent et tu seras craint des gens ! Élimine ceux qui te résistent. Ceux-là ne manquent jamais. Ils meurent toujours pauvres, mais leur renommée leur survit, bien plus longtemps que celle de ceux qui avaient l’argent et fait un nom de leur vivant. Que dire ? La vie est une affaire d’aubaine. Moi-même, moi, qui pouvait y croire ? Regarde comment je suis devenu un grand homme ! Regarde l’homme robuste que je suis devenu. Vois-moi ces biceps. Je suis devenu costaud. Regarde-moi ! Eh, regarde-moi ! Hum ! Bonjour Excellence ! C’est lui le Chef d’Etat ! Eh, est-ce que tu te regardes bien ? Regarde-toi bien je t’en prie. Tu sais que tu as vraiment changé ? Eh, regarde ta barbe grisonnante. Barbe de santé ! Barbe de bonne chair ! Tu sais que tu m’étonnes. Je n’en crois pas mes yeux. On dirait un jeu. C’est moi qui tiens les rennes de main de chef. Qui va prétendre le contraire ? Aujourd’hui c’est moi qui ai le dernier mot sur toutes choses. Le monde entier me connait. Ma renommée s’est répandue à travers le monde. Elle a traversé les mers. Elle a pénétré les forêts. Elle a volé jusqu’en Amériques, Océanie, Inde, en Iran. Elle a survolé le Sahara. Toutes les langues ont cité mon nom ! Mon nom alimente toutes les causeries, comme l’a chanté l’autre-là. Mon nom… Il se fera encore entendu avec plus d’écho 2 jours après mon discours à la tribune. Qu’ils attendent. Ils verront. Ils n’en reviendront pas. Ils se diront : « ah ce petit a grandi !!! ». Je sais. Les autres viendront même me demander de les citer dans mon discours. Ils verront. Je le dirai en Lingala. Le Lingala des Kinois. Kinshasa-Makambo. Kinshasa-mboka-te. Eh oui ! Et, moi laisser Kinshasa aussi simplement !? Ah jamais ! Jamais ! Cette idée est la meilleure. Eh oui c’est vrai, la nuit inspire les meilleures idées. C’est pourquoi les écrivains aiment écrire la nuit. Les écrivains. Eux aussi, d’autres aliénés ! Surtout les nôtres, les noirs. Jusqu’aujourd’hui ils s’évertuent à écrire dans une langue qui n’est pas la leur, une langue étrangère. Ils ont honte d’écrire dans leur propre langue. L’autre écrit dans sa langue, la langue qu’il parle chaque jour, la langue dans laquelle il se lave, la langue dans laquelle il dort, la langue dans laquelle il rêve, langue dans laquelle il pense, ses frères la parlent, son pays tout entier parle cette langue, il ne fait aucun effort pour écrire dans cette langue. Mais eux préfèrent les langues étrangères aux leurs. Même pour rire, ils veulent rire comme les étrangers. J’ai appris qu’un écrivain au Kenya s’est affermi dans cette vision. Il n’écrit plus que dans sa langue. Je compte demander à le rencontrer, je pourrai le faire pendant mon escale là-bas avant de voler pour l’Amérique. Il faut que je l’écoute. J’ai beaucoup entendu parler de lui. Il fut été arrêté pour ce problème de langue. Il faut que les autres suivent son exemple. Il faut que les enfants d’Afrique se lèvent. Qu’ils se parlent. Qu’ils se réveillent. Qu’ils ressuscitent ! Voilà pourquoi je tiendrai un discours sans concessions à la tribune. Je le ferai dans ma langue. Que celui qui pourra entendre entende. Mais je sais qu’ils seront très étonnés ! Ils voudront tous me rencontrer. Ils voudront prendre une photo avec moi. Que la nuit est bonne ! Je brulerai tous ces papiers. On rédigera un autre discours le matin. On mettra les vrais mots, ceux qui viennent du cœur. On ne versera plus dans le mensonge. On ne craindra plus personne et personne ne nous fait peur. Je le dirai à la Tribune. Le matin nous prendrons d’abord toutes les dispositions quant à ce. Il faut que l’un de mes conseillers fasse après moi un discours à couper le souffle. Moi je ferai le mien à la tribune là-bas. C’est normal. Il n’y a rien à craindre. Tout viendra d’ici. Cette fois-ci nous ne manquerons pas l’occasion. Nous écrivons l’histoire. Qu’ils parlent encore. Cinquante ans c’est beaucoup ! Je parlerai. Je leur dirai…

Deux jours après …

A la Tribune de l’Assemblée Générale des Nations Unies :

« …Mesdames et messieurs du monde entier ; de tout ce que je vous ai dit ici sur cette tribune, le plus important est ce qui va suivre. Nous avons commencé, comme vous le savez tous, à préparer les élections dont l’organisation était prévue dans les jours à venir… Mais, mais, regardez, mes frères et sœurs, mettez-vous à notre place, notre pays n’est toujours en paix et le plus dur est surtout la fatalité dont nous venons d’être victimes ! Mesdames et messieurs, nous ne pouvons pas vous cacher cela. Les experts de la santé viennent tous de dire avec certitude que notre pays est victime d’une infection à grande échelle de l’épidémie appelée « EBOLA !!!». Ils ont même affirmé que cette fois-ci l’épidémie est plus virulente et dangereuse que celle qui avait frappé notre pays avant… Cette fois c’est « Ebola++ ». Oui mesdames et messieurs, j’ai bien dit « Ebola++ ! ». Cette épidémie est plus meurtrière que n’importe quelle autre maladie connue à ce jour. A la minute même où nous tenons ces propos du haut de cette tribune, les dégâts causés par ce virus ne font que croître dans notre pays. La Capitale est la plus frappée par cette épidémie. Les experts nous ont conviés à une prudence extrême. Il n’y aura plus d’entrée ni de sortie. Toutes les frontières seront fermées. Le plus affligeant est que cet état de choses va durer longtemps le temps qu’une solution adéquate soit trouvée. Ce qui nous a conduits à nous décréter « l’Etat d’urgence ». Comme l’affirme souvent les occidentaux : « la santé n’a pas de prix ! ». Ainsi avons-nous renvoyé, au regard de la situation alarmante dans laquelle cette épidémie Ebola++ a mis notre pays, la tenue des élections dans quatre ans … »

Traduit du lingala en français par Rodrigue Isamaleki
English translation “Ebola++” by Edwige-Renee Dro


Translator’s Bio:
Rodrigue ISAMALEKI MOKUBA NE SEE, est un jeune écrivain né le 19 Février 1991 à Kiliba au Sud-Kivu (en RDC). Il est diplômé en Droit de l’Université Protestante au Congo. Fondateur du Salon Littéraire de Mbuji-Mayi, il fut le Président du Cercle littéraire universitaire La Plume Upcienne (2012 à 2014), et est actuellement Secrétaire-Général de l’AJECO (Association des Jeunes Écrivains du Congo). Auteur de publications littéraires diverses, la poésie est son genre de prédilection, et la traduction le passionne de plus en plus. Il a traduit du lingala en français,« EBOLA ++ » de Richard ALI.
 
Born 19th, February 1991 in Kiliba in South Kivu in the DRC, Rodrigue ISAMALEKI MOKUBA NE SEE is a young writer and a law graduate from the the Université Protestante du Congo (Protestant University of Congo). He is the founder of the literary salon of Mbuji-Mayi and from 2012 to 2014, was the president of the university’s literary circle, La Plume Upcienne. He is currently the General Secretary of AJECO (The Young Congolese Writers’ Association). He has written an eclectic body of work but poetry is his favourite genre. He is becoming more and more interested by translation. He translated Ebola++ of Richard Ali from Lingala to French.